
Par Isabelle Moulot
Ce n’est plus un secret de Polichinelle d’affirmer que les patientes racisées sont confrontées, dans le monde occidental, à une négligence médicale. Cette réalité entraîne une prise en charge plus tardive de leurs symptômes et, dans certains cas, des conséquences plus graves, pouvant aller jusqu’au décès.
L’époque coloniale comme origine
Connaissez-vous le syndrome méditerranéen ? Terme européen qui désigne ce préjugé selon lequel les personnes racisées exagéreraient leur douleur ou leurs symptômes.
Il faut remonter à l’époque coloniale pour comprendre l’origine de ces inégalités. Durant cette période, les personnes noires étaient décrites comme moins intelligentes et plus résistantes à la douleur. Ces stéréotypes perdurent encore aujourd’hui et alimentent les biais raciaux dans le milieu médical. Ils influencent la manière dont la douleur des personnes noires est perçue, évaluée et parfois même prise au sérieux. Ils conduisent ainsi à une prise en charge différente de celle réservée aux patients blancs.
Un phénomène mondial
Il ne s’agit pas ici d’un phénomène exclusif à un pays, comme la France, mais d’une réalité observée dans plusieurs pays occidentaux.
Selon le site CAIRN, “En juin 2018, une enquête menée par un collectif d’associations (en France) a révélé une surreprésentation des refus de prise en charge pour les personnes portant « un nom à consonance africaine, arabe ou berbère, et un accent étranger ou des départements d’outre-mer”.
Le constat est similaire aux Etats-Unis où « Le taux de mortalité maternelle est deux fois plus élevé chez les femmes noires que chez les femmes blanches aux États-Unis.” selon Mme Myriam Dergham sur Radio France.
Au Canada, ce constat est appuyé par un sondage issu du rapport “Voices unheard” mené auprès de 2000 femmes noires. Bien que la banalisation des symptômes touche de nombreuses femmes, les patientes racisées (noires) y sont encore plus vulnérables. Cette méfiance envers le système de santé s’explique notamment par des expériences répétées de discrimination. En conséquence, 50% d’entre elles ont déjà retardé ou évitent de consulter un médecin par peur d’être victime de racisme, et 67% affirment que leurs douleurs ont été méprisées par les professionnels de santé. Lors de son passage à l’émission The Social de CTV, la Dre Onye Nnorom évoque les conséquences de la pandémie de covid-19 sur les communautés marginalisées. En s’appuyant sur les données basées sur la race, elle affirme que la pandémie a affecté de manière disproportionnée les personnes racisées. Il s’agit des personnes noires et les autres personnes de couleur qui représentaient 83% des cas de covid-19 à Toronto.
Un impact sur la santé mentale
Les conséquences de ces biais ne sont pas uniquement physiques. Dans une entrevue diffusée sur Youtube, la psychologue Sophie Anabelle Barrateau partage le récit d’une de ses patientes, une femme noire d’origine haïtienne, désignée sous le pseudonyme d’Anne-Marie.
Anne-Marie est à la fois intervenante et patiente. En tant qu’intervenante, elle affirme avoir été témoin d’abus envers des patients haïtiens, une réalité ayant exercé une charge mentale la poussant à démissionner. Puis, en tant que patiente en réadaptation, elle constate une différence de traitement de la part de sa thérapeute. Cette dernière lui accorderait moins d’attention qu’aux autres patients. Cependant, par peur d’être perçue comme agressive en raison des stéréotypes associés aux haïtiennes, elle a préféré garder le silence. Pour la psychologue, ce témoignage met est lumière les conséquences de la discrimination raciale sur la santé mentale des patientes racisées et rappelle l’importance de développer des pratiques cliniques antiracistes.
En conclusion, être écoutée, crue et prise au sérieux ne devrait jamais dépendre de la couleur de peau d’une patiente. Pourtant, les recherches montrent encore que les biais raciaux continuent d’influencer la manière dont la douleur est perçue et traitée. Reconnaître cette réalité constitue une première étape vers un système de santé plus équitable pour toutes; bien qu’une représentation plus importante des personnes noires dans le domaine médical soit nécessaire. La couleur de peau, le genre, ainsi que les facteurs sociaux doivent être considérés comme des caractéristiques permettant d’ajuster les soins aux réalités des patients, et non comme des limites justifiant une prise en charge de moins bonne qualité.
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