Icône d'une main avec un soleil

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Par Armandine F

 

Qu’est-ce qu’être libre ? Pour Ameyo, héroïne réduite en esclavage qui fuit vers les hauteurs sauvages de la Réunion, la réponse passe par le soin et le lien aux autres. Avec La Montagne d’Ameyo, son premier roman, Nathalie Albertini donne une voix, un nom aux femmes marronnes souvent oubliées dans l’histoire du marronnage. L’autrice revient sur dix ans de recherches, sur la mémoire de sa famille et sur sa propre vision de la liberté.

 

Qui est Nathalie, et quel parcours t’a menée jusqu’à l’écriture de « La Montagne d’Ameyo » ?

Je suis née en France, la famille de ma mère vient de l’île de la Réunion et également de Madagascar et de la Corse du côté de mon père. Il y a eu beaucoup de mélanges dans la famille, beaucoup de voyages aussi. On a vécu à plusieurs endroits dans mon enfance, mes parents et mes grands-parents ont vraiment été de grands voyageurs. J’ai vécu au Québec durant mon enfance et je suis revenue m’y installer à l’âge adulte. J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie, en passant par l’hôtellerie, l’agriculture et la vidéo. Je pense que j’ai toujours été une artiste, je me suis toujours intéressée à l’écriture, mais je n’ai jamais eu la confiance pour terminer un projet de roman.

J’ai habité une dizaine d’années au Niger, et j’ai beaucoup bougé en Afrique de l’Ouest. C’est là que j’ai visité l’île de Gorée, le Bénin, le Togo, et que j’ai rencontré mon mari. Je me suis toujours intéressée à l’histoire de l’esclavage et à celle de ma famille, puisque à la Réunion presque toutes les familles ont des ancêtres qui ont vécu l’engagisme, ou qui viennent de plus loin, des vagues d’immigration avec la déportation et l’esclavage.

Quand je suis revenue au Québec avec mon mari, en 2009-2010, j’ai commencé à faire des recherches sur ma généalogie. Il y avait des bouts qui manquaient, des silences, parce que souvent dans la généalogie, les femmes n’ont pas de nom de famille, et les personnes esclavisées ont juste des prénoms ou des numéros. Plus je cherchais, plus je trouvais l’histoire des hommes, mais pas celle des femmes. En fouillant, j’ai découvert qu’il n’y avait pratiquement pas de femmes, ni dans les traces de l’histoire, ni dans la littérature, même inventée. On avait l’histoire de certains grands marrons, mais à la Réunion, il y avait très très peu de femmes. C’est là que l’idée d’inventer l’histoire d’une femme marronne a commencé à poindre. Dans un souhait de donner un peu de voix aux histoires invisibles, j’ai inventé le personnage d’Ameyo. J’ai commencé à écrire les premières idées en 2013-2014 et j’ai fini mon roman à peu près en 2024. Cela a donc pris dix ans, même si il y a eu des moments où, pendant deux ou trois ans, je n’ai pas touché au projet. C’est après la pandémie que je me suis dit : « OK, finis-le, ton projet de livre. » En un an et demi, deux ans, j’ai fait la rédaction, la structure, je me suis fait relire par des amis, j’ai essayé de présenter quelque chose à des maisons d’édition. Et on est arrivé à La Montagne d’Ameyo.

Pourquoi ce titre, « La Montagne d’Ameyo » ? J’imagine que c’est en lien avec la montagne, le lieu où se dirigeaient les marrons quand ils s’échappaient ?

Effectivement, la montagne est tout à fait réelle. C’est vers elle que mon personnage va se diriger pour essayer de reconquérir une forme de liberté. C’était aussi la nature sauvage de la Réunion. Les marrons n’avaient pas le choix; en dehors de la montagne, la seule issue était de s’enfuir par mer et très peu s’y risquaient, d’ailleurs je n’ai pas connaissance qu’il y en ait beaucoup qui soient arrivés quelque part. Parce que même s’ils arrivaient à construire un radeau, un bateau, c’était difficile d’aller loin. Donc c’est vers les montagnes que les rebelles s’en allaient. La Réunion est une île volcanique avec des montagnes très sauvages, très à pic, et il y a des endroits extrêmement enclavés. C’était de bonnes cachettes pour les plus braves, pour ceux qui avaient la santé.

Beaucoup de marrons et de résistants se sont organisés dans les montagnes. On le sait un peu plus maintenant avec l’archéologie. Il y a eu des recherches qui ont mis au jour des campements, des objets archéologiques retrouvés qui expliquent un peu comment vivaient les marrons. Is ont pu vivre sous forme de clans très organisés dans les montagnes. Ameyo, c’est mon personnage, et la montagne, dans le titre, c’était pour moi une manière symbolique de montrer qu’il y a une forme d’ascension, une recherche, un voyage à travers la montagne. 

 

Chacun, à son niveau, peut avoir des souvenirs d’une expérience où l’on a essayé d’avoir moins mal, de s’adapter, de faire en sorte que ce soit moins pire, physiquement ou mentalement. Quand on est brimé, opprimé, on se dit : « À quel endroit je vais trouver mon moins pire ? »

 

Tu évoques tes recherches généalogiques, et tu les mentionnes dans tes remerciements au début du livre. Pourquoi était-il important pour toi de retracer cette histoire familiale, et comment la retrouve-t-on dans votre roman ?

L’étincelle a été de chercher dans ma propre famille. Je suis certaine que tôt ou tard dans nos vies, on cherche à savoir d’où on vient, probablement pour savoir où on va. Quand j’ai eu des enfants, c’était clair pour moi qu’il fallait que je connaisse mieux l’histoire de mes familles. Quand on a des enfants, inévitablement, on réalise qu’on transmet plein de choses, et il y a des choses qui ne sont pas si claires, qui ne sont pas si assumées, qu’on transmet aussi. Parfois on se transmet des valises un peu lourdes, c’est donc aussi une manière de nettoyer ce qui se passe dans les familles, dans la généalogie.

Dans la famille de ma mère, il s’est passé plein de choses mais on n’en parlait pas. Comme beaucoup de femmes de la génération des baby-boomers qui viennent des îles, il y avait un complexe par rapport à la langue, au déracinement, à l’histoire de l’esclavage. Ma mère a intériorisé tout ça. Il fallait qu’on parle bien français, parler créole, pour elle, ce n’était pas bien. Ça a changé en vieillissant; Je me rappelle que quand elle a lu le roman, elle était très émue. Elle disait : « Oui, c’est ça, nos ancêtres, c’est ça, notre histoire« . Ameyo n’est pas une de nos ancêtres, mais elle a pris ce travail comme quelque chose qui éclaire, ou qui donne des réponses à des choses douloureuses dont on hérite et avec lesquelles on marche sans trop savoir pourquoi. Pourquoi les femmes ont souffert ? Pourquoi elles ont été seules ? Pourquoi dans nos corps il y a des inconforts, des choses qu’on ne comprend pas ? L’histoire coloniale l’explique.

C’est dur de voir que les femmes ont vécu le système esclavagiste et colonialiste dans leur chair, dans leur corps. Il y avait des violences, des tortures, des viols. C’était un système mis en place pour enlever l’humanité à certaines personnes et les réduire à une vie terrible. Quand on comprend tout ça dans nos propres histoires, le fait de créer une œuvre met de la lumière quelque part où on peut retrouver de l’humanité. En créant Ameyo, j’avais envie d’une femme extrêmement forte, qui n’incarne pas seulement la douleur, mais aussi la réparation : reconquérir sa liberté, dire « tout ça, je le traverse et j’en fais quelque chose ». Comment je réponds au monde qui me donne la violence ?  Pour moi, c’était un parcours, un voyage qui permet de reconstruire et surtout de répondre à un système affreux et déshumanisant.

Dans les premiers chapitres, Ameyo a déjà connu la déportation et le viol, et on a l’impression qu’elle n’a plus aucune maîtrise d’elle-même. Pourtant, il y a déjà une forme de résistance dans sa manière de penser et de se protéger. Comment as-tu construit ces mécanismes ?

Chacun, à son niveau, peut avoir des souvenirs d’une expérience où l’on a essayé d’avoir moins mal, de s’adapter, de faire en sorte que ce soit moins pire, physiquement ou mentalement. Quand on est brimé, opprimé, on se dit : « À quel endroit je vais trouver mon moins pire ? »  Au début du livre, j’ai mis en contexte où elle est née, comment étaient ses parents, et déjà il y avait un petit quelque chose : ce n’était pas une enfant ordinaire. Ses parents lui avaient donné des outils. J’ai été intervenante en périnatalité, j’ai travaillé auprès des familles pendant plusieurs années et j’ai beaucoup vu l’effet des traumas. Je me suis servie de mon expérience pour essayer de décrire cet effet, parce que nos grands-mères qui ont vécu la déportation ou l’esclavage, ce sont des mécanismes tout à fait normaux face à des choses tellement difficiles. Malgré tout l’effet des traumas perdure. Ce n’est pas parce qu’elle va dans la montagne que tout à coup elle chante les bisounours. Les traumas, ça reste longtemps, et on fait avec. On peut réapprendre à vivre et à être créatif, mais ça n’empêche pas qu’on soit marqué par les souffrances qu’on a vécues.

Était-il important pour toi que le personnage principal soit une femme ?

Absolument. Comme je le disais au début, il y a des histoires de marrons rebelles, de résistants. Il y a plusieurs romans qui ont été écrits sur le marronnage dans les Antilles, dans les Mascareignes, même sur l’histoire des États-Unis. Mais des femmes, pas tant : on a l’histoire de Solitude en Guadeloupe, mais il y a très peu d’héroïnes de marronnage. J’avais envie qu’il y en ait une autre. Même aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes instruites qui écrivent des livres, des récits personnels ou non, pour reprendre un narratif féminin, mais chez les femmes afrodescendantes, c’est un peu plus rare. Dans l’histoire de l’esclavage et du marronnage, ce sont encore beaucoup plus d’hommes, en proportion, qui écrivent des histoires. C’est très bien, il faut les écrire, il faut les raconter, mais des femmes, il n’y en a pas beaucoup. Je me suis dit : « Je suis une femme, je vais écrire l’histoire de qui ? »

Le travail de recherche occupe une grande place dans ce roman. Qu’as-tu découvert, sur l’esclavage ou le marronnage à La Réunion, qui t’a particulièrement bouleversée ou surprise ?

Comme ça a pris plusieurs années, je ne sais pas quels moments m’ont le plus bouleversée. Je pense que, même dans mon enfance, quand j’ai vu le film Racines, avec l’histoire de Kunta Kinté, je me rappelle avoir pleuré pendant des jours et des jours. Ça a été une des premières fois où j’ai pris conscience de ce que ça pouvait signifier d’être esclavisé, parce que quand on est enfant, on nous explique gentiment : « Il y a des hommes qui ont pris d’autres hommes et qui les ont fait travailler. » Mais qu’est-ce que ça peut signifier, la torture, l’asservissement ?

Dans mes recherches pour Ameyo, j’ai cherché à savoir comment ça se passait exactement sur les navires négriers de la traite transatlantique, j’ai essayé de me documenter au mieux sur les conditions de voyage. J’ai cherché dans les archives comment étaient faits les bateaux, comment on aménageait les cales, le nombre de passagers, la façon dont ils étaient mis à nu. Ils devaient être déshabillés entièrement au moment de monter sur le bateau. Mon éditrice m’a dit : « Mais pourquoi elle n’a pas de vêtements dans l’histoire ? Il faudrait dire qu’elle a un petit pagne. » J’ai dit : « Mais non, c’est historique. » Ils étaient complètement nus pendant la traversée, pour éviter qu’ils puissent s’étouffer avec des bouts de tissu, donc se suicider, ce qui est arrivé fréquemment. Certains essayaient de passer par-dessus bord pour mettre fin à leurs jours.

Quand j’étais plongée dans ces recherches, j’avais mal au ventre, j’avais les larmes aux yeux, il me fallait des pauses. Cette histoire de nudité, pour moi, c’est traumatisant, parce que c’était une manière de faire comprendre aux personnes asservies qu’elles étaient maintenant des animaux, qu’il n’y avait plus d’humanité, plus de possibilité d’avoir un statut humain. Quand je suis allée à fond là-dedans, j’ai trouvé ça vraiment dur. Je me rappelle même avoir eu envie de vomir, d’avoir été blessée mentalement, émotionnellement, de voir que des gens avaient vécu ça.

Et sur le marronnage, la vie des marrons : est-ce que ce sont des informations faciles d’accès ? Est-ce un sujet très connu ?

Ce n’est pas si connu. Les gens à la Réunion vont avoir entendu parler un peu plus de l’histoire de l’esclavage et du marronnage qu’au Québec. Au Québec, il y a beaucoup de gens qui sont passés par le chemin de fer clandestin d’Harriet Tubman aux États-Unis, qui ont fini par venir se réfugier au Canada. Mais en ce qui concerne l’histoire et le terme de marronnage, beaucoup de gens au Québec ne savent pas que ça s’appelle comme ça. Dans mes recherches sur le marronnage, il m’a fallu enquêter, puis imaginer le reste, parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui commencent seulement à être connues grâce aux archéologues. Les recherches archéologiques sont récentes. Sur certains sites, elles ont cours depuis 2015-2019. Même quand j’ai commencé à penser à mon livre, il y avait des choses que l’on ne savait pas. Des grottes ont été découvertes par hasard par des randonneurs, ils y ont découvert des traces d’ossements. Ce qui a permis aux médias et aux chercheurs de se mobiliser pour effectuer des recherches sur ces sites. Mais c’est très récent, on commence juste à apprendre le mode de vie de la forêt.

Il étaient en mode survie, constamment sur le qui-vive. Déjà, la position d’esclave, c’est être tout le temps sur le qui-vive : est-ce que le maître va revenir? A-t-on répondu aux besoins des maîtres.? Il n’y a pas de repos. Quand on retrouve sa liberté, on est aussi en état d’alerte pour ne pas y retourner. Cette liberté a un prix, cher payé, parce que survivre dans la montagne était si dur que, et ça aussi c’est historique, certains partaient et revenaient d’eux-mêmes chez les planteurs, parce que les conditions de vie en montagne n’étaient pas viables pour eux.

Finalement, en tant que femme, écrivaine, qui porte aussi cette histoire… pour toi, qu’est-ce qu’être libre ? Au fond, c’est la quête d’Ameyo..

C’est vraiment une belle question ! Merci ! C’est bien trouvé ! Je n’y ai pas réfléchi, mais je crois que grâce à l’expérience que j’ai (j’ai 52 ans, j’ai habité sur plusieurs continents, j’ai vécu l’immigration dans plusieurs sens dans mon enfance, j’ai habité en Afrique de l’Ouest, j’ai épousé quelqu’un qui vient du Togo, on est venus à Montréal), j’ai rencontré dans ma vie des gens qui venaient de plein d’endroits dans le monde, parfois dans des conditions de voyage qui ressemblent peut-être à celles de mon héroïne. J’ai beaucoup de gratitude d’avoir un passeport canadien aujourd’hui, d’avoir la chance de vivre dans un pays calme, où l’on est en sécurité, où mes enfants ont accès à une éducation, où j’ai l’espace d’être créative, d’être une artiste, même si ça ne paie pas toujours les factures. Quand on voit les voyages que certains traversent pour arriver à être un peu en sécurité, c’est certain que la liberté, pour moi, vaut très cher. C’est même la chose la plus importante.

Au sujet de cette liberté…

Mais elle n’est pas acquise, elle n’est pas automatique et elle peut se perdre. Je pense vraiment qu’il faut toute sa vie en prendre soin, la protéger, la chérir, être conscient qu’on doit continuer à défendre la démocratie, à prendre soin de l’environnement, à valoriser les récits des femmes, des personnes qui sont souvent invisibles, mal comprises, mal écoutées. C’est pour ça que j’étais fière qu’une maison d’édition à caractère historique donne voix à mon roman. Ça m’a surprise, parce que quand on éclaire l’histoire, on parle de migrations, d’immigration, d’exil, et c’est ça que ça raconte au fond. Ameyo est très moderne. Moi, dans ma vie, je sais que je dois prendre soin de la liberté, mais je ne pense pas avoir le dixième du courage d’Ameyo, même si je reconnais que j’ai du courage aussi. Je n’ai pas eu à défricher la montagne, je me suis accrochée dans certaines situations, mais j’ai quand même de la chance.

Et pour Ameyo, être libre prendra-t-il une autre forme, un sens différent, après sa fuite ?

Absolument, ce n’est pas seulement une quête de liberté. Ameyo utilise le soin, sa connaissance des plantes, son écoute, sa manière de voir le monde pour recréer des milieux où il y a de la sécurité et de l’amour. C’est un peu quétaine, comme on dit au Québec, ou naïf, mais j’y crois. La liberté ne se suffit pas à elle-même. Si elle était partie dans la forêt juste pour se mettre dans une grotte et regarder la pluie tomber, même en sécurité, ça sert à quoi la vie si on est tout seul ? On se dessèche tout seul, on ne fait rien. Je ne suis pas sûre qu’Ameyo aurait voulu ça. Elle a pris l’impulsion de se mettre en mouvement et de fuir, mais ensuite, elle a essayé de créer des contacts, d’être en relation avec les autres.

C’était difficile, parce que les marrons dans la montagne reproduisaient souvent les violences qu’ils avaient connues, dans lesquelles ils étaient nés, avaient grandi ou qu’ils avaient traversées. Ils allaient dans la montagne et ils recréaient la même chose : c’était un environnement très patriarcal et hiérarchisé, des personnes traumatisées qui répondaient en général à la violence par la violence. Ils voulaient tuer, se venger, se battre entre eux pour les ressources, qui étaient rares. Même aujourd’hui, c’est comme ça: beaucoup de violence, et les femmes en sont les premières victimes. On ne leur demande pas leur avis, c’est encore vrai aujourd’hui. Ameyo est partie avec des habiletés, des compétences qui lui ont donné des avantages, et elle s’en est servie. J’ai joué aussi avec le côté mystique de la culture, du folklore à La Réunion. Les gens croient beaucoup aux esprits, il y a des tas de croyances, la religion, la sorcellerie, c’est très présent, comme dans tous les pays où il y a eu l’esclavage, Haïti, les Antilles, la Jamaïque, il y a plein de points communs.

À chaque fois qu’elle rencontre des gens, elle se dit : « Moi, je vais faire autrement, je ne peux pas vivre là-dedans. » Elle ne veut pas qu’un homme la domine, elle ne veut pas qu’on lui dise quoi faire, elle ne veut pas que ce soit la guerre sans cesse. La liberté a un sens quand on arrive à donner du sens, et souvent le sens, c’est le lien, c’est un peu de sérénité…C’est ce que tout le monde cherche. Souvent, ce n’est ni la fortune, ni la gloire, ni les choses qu’on possède qui comptent, c’est qui on a aimé et ce qu’on a appris de la vie.

Ça a été un processus d’une dizaine d’années. As-tu pensé à écrire autre chose ? As-tu envie de continuer à explorer ce thème, ou d’aller complètement ailleurs ?

Avoir mené ce projet à terme, avec autant de travail et de soin, me fait très plaisir et me valide. Une maison d’édition l’a publié, avec une belle distribution et une belle communication, et on prépare des rendez-vous à Paris, à la Réunion et dans plusieurs  salons. Je suis très fière que le livre ait une portée et qu’il soit lu. C’est ma première récompense. J’ai aussi écrit deux essais sur la périnatalité, fruit de mes années dans le soin. J’écris par ailleurs un nouveau roman, non historique, sur l’immigration, l’exil et le deuil. J’ai aussi envie de revenir à l’histoire, en particulier à l’engagisme, cette période qui a suivi l’abolition de l’esclavage. On a fait venir des gens avec la promesse d’un salaire, mais on leur faisait payer le voyage, le gîte et le couvert : c’était de l’esclavage déguisé, et ce genre de contrat existe encore aujourd’hui. À la Réunion, beaucoup de personnes venues d’Asie du Sud sont arrivées à cette époque, puis les mélanges se sont multipliés . Ce système a aussi existé au Québec, ce qui m’inspire un roman avec des personnages entre le Québec et la Réunion, et sûrement d’autres femmes.

Où pourra-t-on te rencontrer, par exemple au Salon du livre de Montréal en novembre ?

Absolument. Je vais essayer d’aller dans plusieurs  salons. J’ai commencé avec celui de l’Estrie, les 16 et 17 octobre : dès que je reviens de voyage, Je serai auSalon du livre afro-canadien, à Ottawa, organisé par Mosaïque interculturelle. Je suis très fière d’avoir été invitée là-bas. Puis le Salon du livre de Montréal, oui. Il y en aura d’autres, mais je n’ai pas encore les dates. On essaie de faire valoir l’histoire et le livre.

Un dernier mot ?

J’invite tout le monde à être curieux. Je trouve que l’histoire de la Réunion a des ressemblances avec l’histoire du Québec. Dans le monde entier maintenant, il y a des déplacements de population, les changements climatiques imposent beaucoup de déplacements, et finalement, on est tous un peu des Ameyo. C’est un récit que j’ai voulu faire pour montrer la lumière dans l’oppression, montrer le caractère créatif des personnes en général, mais surtout femmes en particulier, et qu’il y a d’autres solutions que la violence, d’autres solutions que l’oppression, pour être actif, efficace en communauté, en société.

Être curieux, et si la lecture vous a plu, la passer à quelqu’un d’autre et faire en sorte qu’on réfléchisse autrement, qu’on ait une lunette différente sur le monde. C’est un récit incarné : vous allez marcher dans la montagne avec Ameyo. Je ne suis pas là pour donner des leçons à personne. N’ayez pas peur d’un récit sur l’esclavage. Il y a des gens qui disent parfois que se faire donner des leçons sur l’histoire, ça les met mal à l’aise. Ce n’est pas ça du tout. Mettez plutôt les chaussures, et vous verrez un peu comment on peut changer les choses.

 

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