
Par Alizée Thalmensy
Nous écrivons ces quelques lignes depuis Montréal (Tiohtiá:ke en langue kanien’kéha) à l’heure où la Terre tremble sous nos pieds tant les discours haineux et négationnistes envers les personnes racisées et autochtones font du bruit en Amérique du Nord.
Aux États-Unis, la Maison Blanche publiait discrètement le 4 juillet, jour anniversaire de l’Indépendance, un rapport de 162 pages intitulé Saving America’s Story. « Le rapport reproche au National Museum of American History de présenter les États-Unis avant tout comme une nation façonnée par l’esclavage, le racisme, le colonialisme et les discriminations. Les auteurs dénoncent une institution qui aurait troqué son rôle d’éducateur contre celui d’acteur politique, faisant de l’histoire un outil de justice sociale plutôt qu’un récit destiné à inspirer les citoyens américains » – peut-on lire dans un article de Radio-Canada d’Ismaël Houdassine datant du 10 juillet 2026.
Un recul particulièrement inquiétant qui entérine ce qui se passe sur le terrain : une tentative d’effacement des différentes cultures qui ont façonné les États-Unis. Parmi ces actions, on peut notammer citer le grand nombre de personnes racisées ou alliées qui ont été violentées par l’ICE alors qu’elles s’opposaient aux déportations massives ordonnées par le gouvernement actuel.
Quelle situation au Québec ?
Au Québec, le rapport de la Commission Viens de 2019 avait pourtant reconnu l’existence du racisme systémique à l’encontre des personnes autochtones dans le cadre de services publics tels que les soins de santé, l’éducation ou les interactions avec la police et le personnel pénitentiaire. 142 appels à l’action avaient alors été émis afin de modifier les pratiques. En 2023, une enquête de suivi précisait que moins d’un tiers de ces recommandations avaient été mises en oeuvre. Dans la même lignée, malgré le rapport Viens, le gouvernement du Québec continue à nier l’existence du racisme systémique dans sa province.
Les résistances ne s’essoufflent pas. Cependant, les actions militantes en faveur de la protection des terres autochtones et la libération des peuples d’ci et d’ailleurs, peinent à mobiliser la majorité de la population tandis qu’un climat médiatique et social hostile à l’émancipation de toustes, s’installe.
Résister à travers l’art
À des milliers de kilomètres de Montréal se trouve, en Serbie, une artiste amazighe libyenne qui se bat pour la reconnaissance de sa culture aux côtés de son père. Celui-ci a fui le régime de Kadhafi parce qu’il défendait les droits des amazighs dans son pays. Il a transmis cette culture à sa fille, à son tour, se bat pour la libération de son peuple à travers son art.
Dania Ben Sassi a connu un succès fulgurant dans les années 2010 avec ses chansons sur la résistance à l’assimilation culturelle, en langue tamazigh. Elle adresse aussi dans ses chansons, principalement écrites par son père, une réflexion sur le sexisme dans une approche féministe.
Mais qui sont les Amazighs ?
Les amazighs, aussi appelés “Berbères” [bien que l’origine de ce terme soit discutée puisqu’elle pourrait être issu du mot barbare utilisé par les Romains], sont les descendants des premières populations d’Afrique du Nord. Il s’agit d’une des plus anciennes civilisations du monde, comme en témoignent les traces de leur passage sur le sol africain remontant à la préhistoire.
Raïssa Fatima Tabaamrant : icône amazighe marocaine.
La majorité des amazighs se trouvent au Maroc. De renommée internationale, Raïssa Fatima Tabaamrant défend le droit des femmes et l’identité amazighe. Elle se consacre à faire vivre la langue à travers sa poésie pour contrer l’invisibilisation de sa culture. Elle reçoit en 2018, le Prix honorifique de la culture amazighe, pour l’ensemble de son œuvre artistique qui explore les profondeurs de l’identité amazighe marocaine.

Raïssa Fatima Tabaamrant – Crédits photo : Yabiladi
La diva tient aussi à sensibiliser les hommes à propos des femmes. Elle déclare : « la culture est toujours politique. Mais elle est beaucoup plus noble. Son rôle est de tout faire pour que la politique ne l’envahisse et ne la dénature pas. J’ai eu beaucoup de difficulté au Maroc pour faire connaître mes chansons. Les médias me boycottaient. Il n’y a que depuis les années 1990 que cela prend de l’ampleur. Aujourd’hui, j’ai même été désignée membre de l’IRCAM, l’institut royal de la culture Amazigh qui prouve que le chemin vers la reconnaissance de notre culture est en train d’être pris. »
Ici à Sayaspora, nous continuons d’espérer que les résistances mondiales face à la violence à notre égard seront suffisamment fortes pour parvenir à leur fin : la libération collective. Il existe plusieurs façons de résister et l’art est une des forces mise à notre disposition pour faire avancer les causes qui nous sont chères. Et vous, quelles actions pouvez-vous entreprendre pour lutter pour une libération collective ?
Je ne serai pas libre tant que toutes les autres femmes ne le seront pas, même quand leurs chaines sont très différentes des miennes. – Audre Lorde
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