
Par Lensa Lello Said
Je lance mon appel Zoom pour une première conversation avec Absetou , mais j’ai déjà vu son visage auparavant . Le soir du 7 février, j’aperçois cette artiste multidisciplinaire de spoken word, qui se fait également appeler NoFables, lorsque sa vidéo a été diffusée pour la première fois devant la cohorte entièrement féminine de Sayalab, composée de créatrices de contenu émergentes issues de la diaspora africaine. Sayalab, un programme de récit numérique lancé par Sayaspora, a guidé les participantes sélectionnées afin de leur apprendre à raconter une histoire audiovisuelle d’une durée de 60 secondes, de la conception à la production, en seulement 14 semaines.
Dans l’enregistrement d’une minute de NoFables, celle-ci écrit une lettre d’amour à sa mère, un hommage qui est une sorte de câlin sous forme de vidéo. C’était un cadeau qui, elle l’espère, reflétait la profondeur de l’amour qu’elle porte à sa mère, la source la plus importante de sa créativité. Toutefois, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que la créativité est omniprésente dans sa maison. Dès les premières minutes de notre conversation, elle me confie que plus tard dans la soirée, elle doit se rendre à un spectacle de spoken word donné par sa sœur.
La personne même qui a incité Absetou à prendre la plume.
Une famille de créatifs.
Malgré son penchant naturel pour les arts, Absetou en était arrivée à un point où elle remettait en question ses activités de mannequinat, de spoken word et de performance. C’est alors qu’elle a découvert Sayalab, un programme financé par le Fonds des médias du Canada, qui comprenait des mentorats, des ateliers et des activités de renforcement communautaire. D’août 2025 à janvier 2026, des créatrices en début de carrière basées à Montréal et à Ottawa ont été accompagnées par des mentors afin de développer leurs compétences en création audiovisuelle et digitale. « Cela m’a fait découvrir de nouvelles expériences que je n’avais pas encore saisies ou que je ne pensais pas possibles », me confie NoFables avec une certaine détermination.

Parmi la longue liste de mentors à qui j’ai parlé figurait Kenza Cardot, une conteuse visuelle qui s’est donné pour mission d’inspirer le processus artistique de ses mentorées. Pour Kenza, Sayalab a comblé un vide dans le paysage artistique de Montréal et d’Ottawa. Le programme, qui a récompensé chaque participante d’une bourse de 500 $ pour la création d’une vidéo d’une minute, a apporté « du financement, de la visibilité, une direction et de la confiance », des facteurs essentiels afin de nourrir les talents émergents. Détrompez-vous: même avec un budget modeste, Kenza me rappelle lors de notre conversation que « l’on peut faire beaucoup avec peu. J’en suis la preuve, les filles en sont la preuve, les experts en sont la preuve. » Après avoir visionné les vidéos réalisées par la cohorte, je suis d’accord.
Sous le thème « À travers mes yeux », ces vidéos offraient un aperçu de l’intimité de ces femmes. Des récits de résilience et de guérison, qu’il s’agisse de survivre à la violence conjugale ou à des troubles alimentaires. De la reconstruction d’une relation difficile avec soi-même après la perte d’un emploi. De l’arrivée à la trentaine, en se remémorant les pratiques culturelles qui apportaient un réconfort aussi chaleureux qu’une tasse de café. Les participantes ont ouvert la porte et accueilli les spectateurs dans leur vie, ne serait-ce que brièvement, mais l’impact se fait certainement ressentir.
Grâce aux conseils de Kenza, ses mentorées ont pu poser des questions sur tous les aspects techniques, logistiques et artistiques lors de leurs séances individuelles. La conteuse visuelle explique que cette expérience distingue Sayalab de nombreux autres programmes qui se contentent de « créer pour le simple plaisir de créer ». Au contraire, Sayalab offre un espace où les créatrices de contenus et les artistes, qu’elles soient débutantes ou de niveau intermédiaire, peuvent créer avec un but et une direction. « Cela fournit une base qui permet aux mentorées de progresser par elles-mêmes jusqu’à ce qu’elles se sentent suffisamment à l’aise pour prendre leur envol. »

Un sentiment partagé par Yasmine Elmi, participante au programme Sayalab basée à Montréal, qui ajoute : « Le mentorat m’a permis de faire un acte de foi sans tomber dans le vide. Je savais que mon mentor serait là pour me rattraper si jamais je tombais ». Yasmine est une chercheuse clinicienne et étudiante en médecine qui s’est lancée dans la création de contenu dans l’espoir d’être une source d’encouragement pour les jeunes filles et garçons noir.e.s qui aspirent travailler dans le secteur de la santé. Un projet ambitieux qui en intimiderait plus d’un, mais après une conversation avec cette future double docteure (en médecine et en philosophie), il est clair qu’elle s’y attaque avec aisance. Yasmine a réussi à développer naturellement son audience en racontant sa vie et ses activités universitaires sur Instagram depuis 2024.
« Sayaspora m’a aidé dans cette aventure, car j’aurais peut-être abandonné les réseaux sociaux sans ce programme. Sayalab est arrivé à un moment de l’été où j’en avais assez de la création de contenu et où j’étais épuisée par mes études. Sayalab m’a donné la motivation nécessaire pour persévérer et aller de l’avant. » Entre les mentorats, ainsi que l’écriture de scénarios et de tournages, les ateliers animés par des experts ont permis la transmission de savoirs aux futurs créatifs de Montréal et d’Ottawa. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Afoali, animatrice d’ateliers et esprit créatif derrière NINE SIXTEEN STORIES, une société de production vidéo basée dans la région du 514.
En seulement trois heures, Afoali a transmis aux jeunes femmes ses connaissances en matière d’éclairage, de son et de montage. La fondatrice de NINE SIXTEEN STORIES a démystifié la création de vidéos verticales, dans l’espoir de « donner aux femmes les outils et l’autonomie nécessaire afin de raconter leurs propres histoires ». Après avoir échangé avec les participantes, je peux confirmer que c’est bien le cas. « Non seulement on ressort des ateliers avec de nouvelles connaissances, explique Yasmine, mais on en ressort aussi avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose. »
« Tout ce que j’ai appris à Sayalab a simplifié ma façon de réaliser des vidéos à l’avenir.»

À l’avenir. Preuve que les vidéos de 60 secondes n’étaient qu’un avant-goût du talent issu de ce programme. Alors, que pouvons-nous attendre de Sayalab maintenant que la première édition est terminée ? Que penser de cette communauté composée de 9 animatrices d’ateliers expertes, 12 mentors et 22 participantes, soigneusement constituée sous la direction de la chargée de projet, Lucie N’thanga ? Il faudra suivre nos fils d’actualité de près pour le découvrir.
En attendant, Kenza m’a assuré lors de notre appel vidéo que Sayalab, tel que nous le connaissons, ne s’arrête pas simplement parce que les 14 semaines se sont écoulées. Kenza a souligné que ses portes seront toujours ouvertes pour offrir des conseils, ainsi que pour des échanges créatifs avec ses mentorées. Elle a remarqué que se lancer dans les arts et la création de contenu en tant que femme de la diaspora africaine peut souvent être une expérience isolante, alors que cela ne devrait pas nécessairement être le cas.
Même si elle rêve de retourner au Mali, Kenza comprend que, tant qu’elle est au Canada, elle doit « se construire une vie ici, s’intégrer à la culture locale ». Kenza encourage les autres femmes africaines de la diaspora à trouver un sentiment d’appartenance à travers des programmes comme Sayalab, en précisant que « même si elles ne viennent pas toutes du même pays, elles partagent les mêmes valeurs et les mêmes rêves que toi. Construisez votre espoir ici jusqu’à ce que nous rentrions. Bâtissons ici des fondations solides sur lesquelles d’autres pourront s’appuyer pour grandir tous ensemble. » Son humeur s’éclaircit lorsqu’elle me confie que « Sayalab m’a rappelé tout ce que j’espérais, ce que je cherchais et ce que j’ai trouvé ». Un doux refuge en attendant. Sayalab lui a permis de trouver une communauté créative au sein de la diaspora. Elle y a trouvé un lieu artistique où elle se sent chez elle.

Lensa Lello Said
Auteure
Lensa Lello Said est écrivaine, chercheuse, intervieweuse et conteuse d’histoire visuelle, dont le travail se situe à l’intersection des géographies féministes noires , l’art et de la politique publique. Elle est titulaire d’une maîtrise en arts et possède plus de sept années d’expérience dans le travail d’intervention et l’organisation communautaire auprès de communautés en quête d’équité.
Fais-nous part de tes commentaires
Articles similaires
12 Décembre 2024





