Icône d'un soleil complexe

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Par Sayaspora

Le monde numérique n’est pas un environnement totalement déconnecté de nos vies réelles. Pour beaucoup d’entre nous, naviguer sur internet ressemble souvent à traverser un champ de mines invisible, où le contrôle et l’agression prennent des formes technologiques difficiles à nommer et encore plus difficiles à prouver. C’est le miroir grossissant de notre société avec toutes ses inégalités et toutes ses violences.

1. L’ombre du contrôle : Stalkerware et « Revenge Porn” 

Certaines violences en ligne commencent là où l’on pense être le plus en sécurité : dans l’intimité. C’est le cas du stalkerware, un logiciel espion installé secrètement sur un téléphone ou un ordinateur. Véritable bras armé de la coercition numérique, il permet de surveiller une personne à son insu. Par exemple, si tu te retrouves dans une relation toxique, il permet à l’agresseur de te traquer, de lire tes messages et même d’activer ta caméra à distance, sans que tu ne t’en rendes compte. C’est une sérieuse violation de ton intimité. 

On retrouve également aussi la pornodivulgation, aussi appelée Revenge Porn. Dans ce cas de figure, l’agresseur utilise ton intimité comme une arme. Diffuser des images intimes sans le consentement de la personne concernée est considéré comme un acte criminel, pensé pour humilier, détruire et réduire au silence. Au Canada, ces deux actes constituent des infractions criminelles. 

L’agresseur est le seul responsable de la diffusion. La honte doit changer de camp.

2. Harcèlement et racisme : La violence ciblée 

Pour beaucoup de femmes, s’exprimer en ligne est un sport de combat. Le cyberharcèlement n’est jamais neutre : il est sexiste, raciste, homophobe ou grossophobe. Il cible précisément celles qui prennent de la place, qui parlent fort ou qui dérangent.  

Les “raids” numériques, ces déferlements coordonnés d’insultes et de menaces, ainsi que le “doxxing”, qui consiste à divulguer publiquement des informations personnelles (adresse, lieu de travail, numéro de téléphone), n’ont qu’un seul objectif : nous faire taire. Malheureusement, l’objectif est souvent atteint. Plusieurs femmes finissent par s’autocensurer, et par disparaître des espaces publics numériques emportant avec elles des voix essentielles au débat collectif.   Ce silence forcé est, lui aussi, une violence. 

3. L’illusion de la perfection : quand les algorithmes fabriquent la norme 

Les algorithmes ne sont pas neutres. Ils récompensent l’hypersexualisation, amplifient les standards de beauté irréalistes, souvent retouchés, filtrés, augmentés par l’IA ou la chirurgie et maintiennent un male gaze omniprésent qui définit ce qu’un corps de femme “devrait” être. Cette pression constante a des effets bien réels sur nous : dysmorphie corporelle, insatisfaction chronique, rapport à soi fragmenté. Ce ne sont ni des caprices ni des fragilités : ce sont les conséquences documentées d’une exposition quotidienne à des images conçues pour normaliser l’irréel.  La santé mentale ne s’arrête pas à la frontière de l’écran. 

4. Reprendre le contrôle de notre usage d’internet

Internet n’a pas à rester un espace de survie. Il doit redevenir un espace de liberté pour chacune d’entre nous. Cela passe par des outils concrets, par l’information, et par la force de la solidarité numérique. 

Quelques gestes essentiels pour reprendre le contrôle :  

  • Vérifier régulièrement les applications installées sur nos téléphones et révoquer les accès suspects. 
  • Documenter les violences (captures d’écran, dates, contexte) avant de signaler ou de porter plainte. 
  • Signaler systématiquement les contenus harcelants sur les plateformes même quand ça semble inutile, chaque signalement compte.
  • Ne pas effacer les preuves en cas de pornodivulgation : elles seront nécessaires pour toute démarche légale.
  • Parler à nos proches, à une ressource communautaire ou à un·e professionnel·le.  

Personne n’a à traverser ça seule.  

5. Des ressources pour se protéger des violences en ligne

Pour détecter, agir et se protéger des logiciels de type stalkerware, il existe différentes ressources, telles que Sécurité Technologique Canada qui propose deux guides complémentaires entièrement adaptés au contexte canadien : l’un consacré aux logiciels espions pour ordinateurs, l’autre aux logiciels espions pour appareils mobiles. Ces guides expliquent comment ces outils permettent de surveiller et enregistrer secrètement quasi tout ce que nous faisons sur nos appareils, ainsi que les moyens de les identifier et de les supprimer. 

SOS Violence conjugale propose également un guide d’autodéfense technologique concret et étape par étape : comment installer un antivirus, révoquer les accès suspects rétablir les paramètres d’usine, activité l’authentification à deux facteurs et repérer si des appareils inconnus sont connectés à vos comptes. 

Au sujet de la pornodivulgation, la loi est de notre côté. En décembre 2024, le Québec est devenu la deuxième province canadienne à offrir de nouvelles options pour demander le retrait rapide d’images publiées sans consentement. Cela s’ajoute à l’infraction criminelle déjà existante au Code criminel depuis 2014.  

En cas de Revenge Porn il ne faut rien supprimer et tout documenter puis se faire accompagner et aider :  

  • CAVAC (Centre d’Aide aux Victimes d’Actes Criminels) présent dans toutes les régions du Québec, avec des profesionnel.le.s formé.e.s en intervention.

  • Ligne Rebâtir qui permet d’offrir jusqu’à 4 heures de consultation juridique gratuite pour les victimes de violences sexuelles.

  • AidezMoiSVP.ca aide à bloquer la propagation de photos et vidéos à caractère sexuel et accompagne dans les démarches. 

Enfin, il existe des ressources pour faire face au cyberharcèlement et doxxing. Il est possible de signaler les actes répréhensibles aux administrateurs des plateformes, les messages non désirés aux fournisseurs de service, et toute infraction criminelle à la police. Mais au-delà des démarches formelles, des ressources humaines existent.

Sécurité Technologique Canada Misogynie et violence en ligne est un guide qui nomme et documente les différentes formes de violence numérique ciblant les femmes et propose des stratégies concrètes pour y faire face.

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