Icône d'un soleil complexe

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Par Sayaspora

« L’application destinée à être supprimée », « Faites le premier pas », ou encore « Tout commence avec un swipe » …Tant de slogans qui poussent à croire que nous sommes à un clic de trouver l’amour de notre vie. Mais avant d’atteindre cet objectif ultime, tout commence par le choix du pseudo et des informations les plus pertinentes à afficher. Jusqu’où se montrer ? Que dévoiler exactement ? Autant de calculs qui s’installent dans la tête bien avant le premier match, alors que choisir de date (faire des rencontres) devrait rimer avec curiosité, intentionnalité et transparence.  

Et pourtant, beaucoup d’entre nous jonglent encore entre l’impératif d’être sur leurs gardes et le désir de vivre pleinement l’expérience des rencontres en ligne. Est-ce à cause de la peur de l’inconnu en général ? Ou plutôt parce que notre subconscient nous rappelle que l’espace numérique est à manier avec précaution ?  

1. L’architecture du mensonge  

Derrière un écran, il est facile de construire un personnage. Certains utilisent cette possibilité pour se réinventer. D’autres l’utilisent pour manipuler. Le problème n’est pas la technologie en elle-même, mais l’usage que certaines personnes en font. Sur nos écrans, la prédation se décline sous plusieurs formes : le catfishing et l’usurpation d’identité comptent parmi les plus courantes. 

Qu'est-ce que le catfishing ?

Le catfishing est une pratique trompeuse où une personne crée une fausse identité en ligne : une photo usurpée sur un autre profil, un prénom inventé, une vie fabriquée de toutes pièces pour gagner la confiance d’une utilisatrice, créer un lien émotionnel réel, puis en abuser. C’est une arnaque sentimentale qui peut durer des semaines, des mois, parfois des années, avant que la supercherie n’éclate. 

Ces procédés ne sont pas de simples erreurs de parcours ni des maladresses numériques. Ce sont des outils de contrôle, pensés et rodés.  

2. Les mécanismes de l’emprise  

Le scénario est souvent le même, presque cinématographique. Ça commence par le love bombing : une avalanche d’attentions, une présence constante qui sature l’espace mental et donne l’illusion d’une connexion unique. Puis, subtilement, l’isolement s’installe. Les amies deviennent des obstacles, les doutes sont retournés contre soi et la réalité se brouille.  

Ce qui rend ces mécanismes particulièrement efficaces, c’est qu’ils s’appuient sur des besoins humains. Nous avons toutes envie d’être comprises, écoutées, aimées et choisies. Les personnes manipulatrices exploitent précisément ces besoins pour créer un sentiment de dépendance émotionnelle. Comme le besoin de connexion, la peur de se tromper ou l’espoir que cette fois, cette personne est “la bonne”. 

 Les reconnaître, c’est déjà une forme de protection.  

Love BombingRemise en question

3. La vigilance comme forme de résistance  

La solidarité numérique et la vigilance deviennent nos principaux boucliers contre ces stratégies de manipulation.  Prendre le temps de vérifier les informations affichées n’enlève rien à la magie d’une rencontre. Au contraire, cela permet d’aborder les échanges avec davantage de confiance et de sérénité. Repérer les incohérences devient dès lors une compétence à acquérir. Pensons à la « Pixel Rescue » : une observation minutieuse des détails d’une image, d’un reflet qui ne colle pas, d’un décor trop générique ou d’un élément visuel qui semble étrange.

Cette vigilance n’est pas de la paranoïa ; c’est de la prévention. Comme lorsque nous attachons notre vélo ou que nous verrouillons la porte de chez nous avant de partir, certains réflexes numériques deviennent eux aussi des gestes de protection du quotidien. Et protéger nos données personnelles n’est pas une notion abstraite : c’est une barrière concrète entre notre vie privée et ceux qui voudraient s’en emparer. 

 4. La force de la sororité pour se protéger des risques des rencontres en ligne

Quand bien même il est de notre devoir d’être vigilantes en ligne, nous souhaiterions bénéficier de meilleures garanties de sécurité dans l’espace numérique. Cela passe par un meilleur encadrement légal des plateformes, une modération plus efficace des utilisateurs et utilisatrices par lesdites applications. Il est également de leur ressort de mettre en place des mesures fermes contre ces comportements néfastes et abusifs. 

« Parce que chercher l’amour sur internet ne devrait pas mettre ta sécurité en danger. »  

Par ailleurs, nous encourageons une plus forte solidarité féminine, notamment par le partage de nos expériences, de nos conseils et de nos mises en garde. En le faisant, nous créons un réseau de protection qui vient compléter celui des plateformes. Chaque témoignage, chaque avertissement et chaque conversation peut aider une autre femme à éviter une situation dangereuse.  

5. Deressources pour naviguer en toute sécurité sur les sites de rencontre 

  • La référence canadienne des rencontres en ligne par excellence sur le sujet est la Sécurité Technologique Canada. Ce guide, adapté pour le Canada à partir du Safety Net Project américain, est conçu spécifiquement pour les femmes qui s’inquiètent de leur confidentialité lors de rencontres en ligne. Il aborde la collecte et la revente de données personnelles par les plateformes, ainsi que les risques liés aux failles de sécurité. Il inclut aussi un volet sur la violence fondée sur le genre facilitée par la technologie (VFGFT)

  • Mozilla Foundation a fait une analyse approfondie qui révèle que la plupart des applications de rencontre échouent à protéger les informations personnelles de leurs utilisateur.rice.s et que la situation s’est aggravée depuis 2021. Un outil utile pour choisir ses plateformes en connaissance de cause.

  • La plupart des applications intègrent des outils de signalement directement dans l’interface. Tinder et Bumble proposent notamment une vérification de photo ou d’identité, avec des badges pour marquer les profils authentiques un premier filtre contre le catfishing. Tinder affiche une tolérance zéro en matière de harcèlement et encourage ses utilisateur.rice.s à signaler tout comportement inacceptable via l’icône de signalement disponible sur chaque profil.  

  • Le guide FAEJ recense les différentes formes de violences facilitées par la technologie et présente les options et recours offerts aux victimes.  

  • Pour toute situation qui dépasse le cadre numérique ou qui laisse des traces psychologiques, les CALACS offrent un soutien gratuit et confidentiel aux femmes et adolescentes de 14 ans et plus.

     

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