Par Sayaspora

Ton compte Instagram, tes DM, ton adresse email, les stories que tu postes, les applis que tu télécharges… c’est tout ça, ton identité numérique. Et cette identité-là, quand tu es une femme  racisée, elle est souvent plus exposée. Non pas parce qu’on est naïves ou imprudentes, mais parce qu’on est visibles, engagées, connectées. Parce qu’on prend notre place. Et ça, parfois, ça dérange. Alors oui, il arrive qu’on se fasse pirater un compte, qu’un inconnu crée un faux profil avec nos photos, ou qu’un commentaire bascule en attaque personnelle. Ce n’est pas rare, ce n’est pas un hasard. Et surtout, ce n’est pas une fatalité. 

 

 

Les plateformes ne sont pas pensées pour notre protection. Elles sont faites pour capter notre attention, collecter nos données, et rendre nos contenus viraux. Pas pour nous protéger du harcèlement ciblé, du vol d’identité, ou de la surexposition. Et pourtant, c’est sur ces plateformes qu’on raconte nos histoires, qu’on développe nos projets, qu’on bâtit des communautés. Le numérique est un outil puissant mais pour en tirer parti, il faut aussi apprendre à poser nos limites, à choisir ce qu’on partage, avec qui, et comment. C’est là que la sécurité numérique devient une compétence à part entière. 

 

 

Prenons un exemple concret : celui des faux comptes créés avec des photos volées. Dans plusieurs communautés montréalaises, des femmes noires ont vu leurs images récupérées pour fabriquer des profils sur des sites de rencontre ou sur Instagram, parfois à des fins malveillantes ou sexuelles. C’est un phénomène bien réel, souvent passé sous silence, mais qui crée un profond malaise et un sentiment de violation. Et il suffit parfois d’une simple story publique ou d’un tag mal paramétré pour se retrouver exposée. Ce genre de situation nous rappelle une chose : ce n’est pas à nous de disparaître, c’est au système de changer. Mais en attendant, on peut apprendre à reprendre le contrôle. 

Et ça commence par des gestes simples, accessibles à toutes : 

  • Utiliser un mot de passe fort et unique pour chaque compte. 
  • Activer la double authentification (2FA), surtout sur les applis de messagerie et les réseaux sociaux. 
  • Limiter la visibilité de tes informations personnelles : adresse, école, lieu de travail, numéro de téléphone. 
  • Supprimer les applications que tu n’utilises plus. 
  • Vérifier régulièrement qui a accès à quoi sur ton profil. 

Ce n’est pas de la paranoïa, c’est de la prévention. Comme quand tu vérifies que ta porte est bien fermée en sortant de chez toi. Le numérique, c’est aussi un espace à protéger. 

Et si tu es victime d’un vol d’identité ou de cyberharcèlement, tu as des recours : 

  • Tu peux déposer une plainte auprès du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. 
  • Des ressources communautaires existent aussi, comme le Projet Lutte contre la Cyberviolence ou des cliniques juridiques gratuites. 
  • Parler de ce que tu vis avec ton entourage est essentiel. Tu n’as pas à gérer ça seule. Le soutien collectif est une véritable protection. 
  • Être informée, ce n’est pas être parano. C’est être préparée. Et être préparée, c’est être libre. 

Parce que oui, ta voix compte. Et pour qu’elle continue de résonner, il faut la préserver. Trop souvent, on pense que la sécurité numérique, c’est juste une affaire de « geeks » ou de « gens connus ». Mais non : c’est une question d’autonomie, de bien-être, de dignité. Tu as le droit de créer, de t’exprimer, de t’engager sans avoir peur que quelqu’un utilise tes infos contre toi. Et si le système ne pense pas toujours à nous protéger, alors c’est entre nous qu’on s’organise. Par la prévention, le partage, l’éducation. Tu mérites une vie numérique aussi libre et sûre que possible. Et on est là pour t’y aider. 

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