Par Sayaspora
Tu sais ce sentiment étrange, pesant, quand on te demande tes papiers sans raison apparente ? Quand tu regardes autour de toi et tu réalises que personne d’autre ne se fait contrôler ? Quand ton cœur bat un peu plus vite, non pas parce que tu as fait quelque chose de mal, mais parce que tu sais exactement pourquoi c’est tombé sur toi ?
Ce sentiment-là, on le connaît trop bien. C’est souvent ça, le profilage racial. Et si tu t’es déjà demandé si c’était dans ta tête… sache que non. Tu n’es pas folle. Tu n’es pas seule. Et tu n’exagères pas. Ce type de discrimination, aussi insidieux que violent, est une réalité vécue par beaucoup d’entre nous.

Le profilage racial, c’est quand ton apparence suffit à « justifier » qu’on t’arrête, qu’on t’interroge, qu’on te soupçonne. C’est quand ta couleur de peau, ton style, ta façon de parler ou même ton nom deviennent des « raisons » pour t’associer à un comportement déviant. Tu ne corresponds pas au « profil » attendu, alors tu deviens suspecte. Et ce n’est pas une perception personnelle : c’est documenté, observé, dénoncé. À Montréal, une étude de 2019 a révélé que les personnes racisées ont 4 à 5 fois plus de chances d’être interpellées par la police que les personnes blanches. Et ça, ce sont des chiffres officiels.
Et si tu te demandes si ce genre d’affaire « arrive vraiment », parlons de Mamadi Camara. En janvier 2021, ce doctorant noir a été arrêté à tort à Montréal pour avoir prétendument agressé un policier. Il a passé six jours en détention, alors qu’il était totalement innocent. Pendant ce temps, sa réputation a été salie, ses proches inquiétés, sa vie bouleversée.
Ce qu’on lui a reproché ? Être là. Être noir. Être « au mauvais endroit au mauvais moment ».
Ce cas a choqué le Québec, mais il est loin d’être isolé. Il a simplement été trop médiatisé pour être étouffé. Et il nous rappelle à quel point le profilage racial n’est pas une idée abstraite. C’est une violence bien réelle, parfois tragique.
Mais alors, que faire si ça t’arrive ? On ne va pas te mentir : il n’y a pas de solution miracle. Ce n’est pas à toi de porter le poids d’un système injuste. Mais tu peux te protéger, à ta façon. Rester calme, demander le motif de l’interpellation, noter les détails (heure, lieu, numéro de badge), et si possible, filmer discrètement.
Et surtout, tu peux te tourner vers des ressources solides, pensées pour t’accompagner, toi, en tant que femme racisée, femme migrante, femme maghrébine, femme noire :
- Centre de femmes de Montréal – Service femmes issues des communautés culturelles
Accompagnement juridique, soutien psychosocial, ateliers d’empowerment.
👉 centredesfemmesdemtl.org
- Centre de femmes La Marie Debout (Montréal-Nord)
Un lieu d’écoute, de partage et d’action pour les femmes, notamment maghrébines et musulmanes.
👉 lamariedebout.org
- Maison d’Haïti
Services pour femmes immigrantes et afrodescendantes, incluant accompagnement face aux discriminations.
👉 maisondhaiti.org
- Ligue des droits et libertés
Défend les droits humains et offre un accompagnement en cas d’abus policiers.
👉 liguedesdroits.ca
- CRARR (Centre de recherche-action sur les relations raciales)
Soutien juridique spécialisé en profilage racial et discriminations raciales.
👉 crarr.org
- Ligue des Noires du Québec
Milite pour les droits des femmes noires, propose des ressources juridiques et communautaires.
👉 liguedesnoires.org
- Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ)
Tu peux y déposer une plainte formelle si tu as vécu une situation de discrimination.
👉 cdpdj.qc.ca
Parce que ce n’est pas une « petite injustice ». Et tu as des ressources. Tu n’es pas seule. Tu as le droit de demander justice, d’être entendue, d’être protégée.
S’informer, c’est déjà résister. Plus on connaît nos droits, plus on est fortes. Et plus on partage ces infos, plus on crée des chaînes de soutien. On ne devrait pas avoir à se préparer à ce genre de situations. Mais en attendant que les choses changent, on peut se soutenir, s’organiser, s’armer de savoir. Refuser le silence, c’est déjà une forme de courage. Et écrire, parler, documenter, c’est politique.

Alors la prochaine fois que tu ressens cette injustice, souviens-toi : tu n’es pas en tort. C’est le système qui l’est. Et même si le changement est lent, il commence souvent par une voix. Une prise de parole. Une conversation partagée. On veut des espaces publics qui nous respectent. Des institutions qui nous protègent, pas qui nous ciblent. Et on ne lâchera pas tant que ce ne sera pas ça, la norme.


