Icône d'un soleil complexe

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Par Sayaspora

La nuit est un espace de contrastes. Pour certains, elle représente la transgression joyeuse et l’effervescence. Pour nous, elle reste souvent un territoire à traverser avec précaution. Cette tension entre le plaisir et la vigilance est notre réalité quotidienne, pas une exagération, pas une fragilité. C’est le symptôme d’une occupation inégale de l’espace public.   

1. Sortir la nuit, c’est aussi anticiper toute une logistique

 Il est 15h et ta bestie te propose d’aller à cette soirée RnB des années 90 au centre-ville, à 21h30. Elle n’a pas besoin de te poser la question deux fois pour que tu acceptes avec excitation. Mais très vite, ton engouement laisse place à des questions telles que : A quelle heure cette soirée finit-elle ? Comment vais-je rentrer ? Il se fera tard, quel chemin ne devrai-je surtout pas emprunter ? Puis vient une série de microdécisions épuisantes :   

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    La tenue : arbitrer entre t’habiller comme tu veux et ne pas « attirer l’attention », comme si la responsabilité du regard des autres reposait sur toi.  

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    La tenue : arbitrer entre t’habiller comme tu veux et ne pas « attirer l’attention », comme si la responsabilité du regard des autres reposait sur toi.  

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    La stratégie de groupe : ne jamais laisser une amie seule, simuler un appel quand un groupe s’approche, surveiller ton verre sans relâche… 

 

Se préparer...Prête à sortir !

 

Ces calculs-là, tu les fais bien avant de penser à ta tenue alors que sortir la nuit devrait simplement rimer avec liberté et lâcher-prise. Cette vigilance de chaque instant fragmente le plaisir et transforme un moment de détente en une opération de gestion des risques. Et ça, c’est épuisant. Ce n’est pas à nous de disparaître pour être en sécurité. C’est à l’espace festif de changer, de devenir un lieu plus sûr.  Toutefois, en attendant ce changement, informons-nous, soutenons-nous et organisons-nous ensemble. 

2. Le harcèlement en soirée n’est pas un incident isolé 

Le harcèlement en milieu festif n’est pas seulement une conséquence inévitable de la vie nocturne, c’est une violence banalisée à force d’être répétée.  Il prend de multiples visages et se manifeste peu importe le lieu : une main qui se pose sans permission dans un bar, un commentaire sorti de nulle part dans la file d’attente, ou encore une insistance qui ne faiblit pas sur la piste de danse. Ces comportements sont souvent minimisés au nom de l’alcool ou de « l’ambiance« , comme si la fête justifiait tout. Et pourtant, faire la fête ne donne pas le droit de poser des gestes inappropriés et répréhensibles. Et même si ce phénomène n’est ni rare, ni fortuit, il n’est pas une fatalité.

3. Le consentement : une culture à construire ensemble  

 Le consentement ne peut pas rester une notion abstraite ou un mot réservé aux tribunaux. Dans l’effervescence de la nuit, il doit devenir un réflexe collectif : clair, enthousiaste et révocable à tout moment. 

Ces Zones grises

 « elle avait l’air partante », « c’est l’ambiance qui voulait ça », participent directement au sentiment d’insécurité que vivent tant de femmes en soirée.  

Former le personnel, sensibiliser les publics, instaurer une tolérance zéro face au harcèlement et aux comportements prédateurs : ce ne sont pas des exigences irréalistes. C’est le minimum pour que la fête soit un espace où tout le monde puisse exister librement.  

4. Bâtir des espaces plus sûrs, par nous et pour nous. 

Face aux défaillances des institutions, la solidarité féminine s’est imposée comme un réel rempart. Des dispositifs comme Ask for Angela ou la création de zones refuges dans certains établissements montrent ce que peut faire une volonté collective. Venir en aide à une femme qui semble mal à l’aise, raccompagner une autre chez elle, intervenir discrètement quand une situation dérape…Tous ces gestes sont des actes de résistance.

Mais soyons claires : la sécurité des femmes dans les espaces festifs ne devrait pas reposer uniquement sur l’entraide communautaire. Ce n’est pas aux femmes de porter, à elles seules, la responsabilité de leur sécurité parce que le système fait défaut. Il incombe également aux établissements, aux autorités et aux organisateurs d’événements de garantir des conditions dignes et sécuritaires pour toutes les femmes. La sororité est une force ; elle ne devrait pas être l’unique solution de survie. 

 

 

5. La nuit que l’on mérite  

Avoir une vie nocturne ne devrait pas être un acte de courage. Or, le dilemme existant entre l’envie de « profiter pleinement” et l’impératif d’être sur ses gardes, reste permanent dans l’esprit de beaucoup d’entre nous. Pour que demain, l’obscurité ne soit plus synonyme de calcul et de vigilance, mais simplement le décor d’une fête partagée, en toute égalité, notre génération refuse de sacrifier sa liberté sur l’autel de la peur. Transformer les espaces festifs en lieux véritablement sûrs demande un engagement total : celui des gérants de bars et de clubs, des pouvoirs publics, des médias, et de chaque individu présent dans ces lieux. 

6. Des ressources concrètes en cas de besoin lorsqu’on décide de sortir la nuit

 Que tu sois victime ou témoin, il existe des outils concrets pour agir et des personnes prêtes à t’aider 

  • Le code “Angelot” permet de demander de l’aide discrètement dans un bar. L’alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ) a lancé une initiative où toute personne se sentant en insécurité dans un bar peut interpeller un.e employé.e et commander un “Angelot”. Le bar s’engage alors à l’aider à quitter les lieux en toute sécurité, en toute confidentialité, sans jugement. Pour les situations d’urgence, “Angelot avec de la lime” signale une agression en cours ou une suspicion d’intoxication.

  • La méthode des 5D peut être utilisée par les témoins et par les victimes. Développée par l’ONG Right To Be et popularisée via le programme Stand Up, elle apprend à réagir sans se mettre en danger, que l’on soit témoin ou victime, à travers 5 approches : Distraire (créer une diversion, demander l’heure, faire semblant de connaître la personne), Déléguer (aller chercher de l’aide vers un agent de sécurité, un barman, un groupe à proximité), Documenter (filmer ou prendre des notes, en remettant ensuite le contenu à la victime), Diriger (interpeller directement le harceleur, puis se concentrer sur la victime), et Débriefer (s’assurer après coup que la personne harcelée va bien).

Il existe certaines ressources québécoises spécialisées, notamment :   

  • RQCALACS le regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel regroupe des ressources communautaires spécialisées pour les femmes de 14 ans et plus. Il offre de l’information, des services d’aide et de l’accompagnement dans les démarches médicales, judiciaires et autres. https://plaidoyervictimes.ca/  

  • La page de Concordia CASSAS fournit des stratégies concrètes adaptées aux espaces festifs, tout en s’assurant que l’intervention ne met pas davantage la personne en danger. 

  • Ligne rebâtir offre une consultation juridique gratuite avec une avocate ou un avocat aux victimes de violence sexuelle. Jusqu’à 4 heures de consultation dans tous les domaines du droit en lien avec la violence subie.

 

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