Lettre ouverte aux institutions culturelles du Canada

Par Amanda Asomani-Nyarko

Aux institutions, aux décideur·euse·s politiques et aux leaders qui façonnent le secteur culturel canadien :

Qu’est-ce que cela signifie, véritablement, d’être canadien·ne ? Est-ce le sirop d’érable, le hockey, les castors: ces symboles que l’on convoque si souvent pour se décrire au monde ? Ou est-ce quelque chose de plus profond, ancré dans les valeurs que l’on prétend défendre : la diversité, l’équité, la coexistence et l’appartenance partagée ? Et qu’est-ce, alors, que la « culture canadienne » ? Est-ce l’art exposé dans nos galeries, les spectacles présentés sur nos scènes, les histoires racontées par le cinéma, la littérature et la musique ? Sont-ce les récits préservés dans nos musées et nos archives, les traditions transmises de génération en génération ? Ou la culture canadienne est-elle quelque chose de plus vaste ? Un reflet vivant des communautés, des identités et des expériences qui habitent cette terre.

Le Canada est largement reconnu pour son engagement envers l’inclusion et le multiculturalisme — des idéaux ancrés dans l’équité, la représentation et l’appartenance partagée. À travers les institutions et les politiques culturelles, les arts et le patrimoine sont souvent présentés comme essentiels au renforcement du tissu social du pays. Dans de nombreux cadres officiels, la culture est conçue comme ce qui relie les gens, bâtit la communauté et reflète la pluralité des voix qui façonnent la société canadienne.

Pourtant, les expériences vécues par de nombreux·ses artistes et travailleur·euse·s culturel·le·s laissent entendre qu’il reste du chemin à parcourir pour incarner pleinement ces idéaux.

En tant que femme noire portant un regard sur le secteur culturel canadien, j’ai souvent été frappée par la distance qui sépare ces idéaux des réalités qui persistent au sein des institutions culturelles. La diversité a beau être célébrée en principe, les espaces de direction demeurent souvent bien moins représentatifs que les communautés qu’ils prétendent servir.

Trop souvent, l’inclusion existe dans le langage mais pas dans les structures. Trop souvent, la représentation existe sans pouvoir décisionnel. Trop souvent, les portes des institutions culturelles semblent ouvertes, alors que les tables où se prennent les décisions, elles, restent fermées. Ces tensions façonnent le quotidien des artistes, des travailleur·euse·s culturel·le·s et des leaders communautaires dont les voix continuent de lutter pour une reconnaissance égale au sein des systèmes qui définissent et distribuent les opportunités culturelles.

Résonance Inclusive nous rappelle que la culture n’est pas simplement produite par des institutions. La culture est créée par des personnes, par des communautés qui imaginent, questionnent et reconfigurent les récits qui définissent notre vie collective.

À travers le dialogue, la réflexion et la collaboration, les participantes à Résonance Inclusive ont contribué à une conversation essentielle sur ce que pourrait être un secteur culturel véritablement inclusif au Canada. Leurs réflexions révèlent à la fois les barrières qui persistent et les possibilités qui émergent lorsque ces barrières sont affrontées collectivement.

Ce qui devient clair, c’est que l’avenir de la culture canadienne ne peut reposer uniquement sur la célébration de la diversité comme valeur symbolique. Il doit aussi s’attaquer aux structures qui déterminent quelles voix sont entendues, quelles histoires sont soutenues, et qui détient l’autorité de façonner les institutions culturelles.

Si la culture reflète qui nous sommes en tant que société, que signifie le fait que certaines voix demeurent constamment sous-représentées dans les espaces qui la définissent ?

L’avenir de la culture canadienne doit être imaginé autrement.

Nous imaginons un secteur culturel où l’inclusion n’est pas symbolique mais structurelle. Nous imaginons un leadership qui reflète la diversité des communautés que les institutions servent. Nous imaginons un pouvoir décisionnel partagé plus équitablement entre les communautés, les identités et les expériences. Nous imaginons des politiques culturelles qui reconnaissent la pleine valeur du travail artistique – non pas seulement pour sa contribution économique, mais pour sa capacité à bâtir l’appartenance, la mémoire, la justice et la communauté.

Parce que la culture fait bien plus que divertir. La culture façonne l’identité. La culture bâtit la communauté. Pour que les institutions culturelles canadiennes reflètent véritablement la diversité qu’elles célèbrent, l’inclusion doit dépasser le principe et passer à la pratique.

Nous croyons en une culture inclusive. Nous croyons en une gouvernance représentative. Nous croyons en des politiques culturelles équitables. Non comme des idéaux lointains, mais comme des engagements.

Parce que l’avenir de la culture canadienne ne se définira pas seulement par les histoires que nous préservons. Il se définira par les voix que nous choisissons d’élever – et par les leaders prêt·e·s à leur faire de la place.

Sincèrement,

Le Collectif Résonance Inclusive


Résonance Inclusive est financé par le gouvernement du Canada – Patrimoine canadien.

Partager l'article

Fais-nous part de tes commentaires

Tu veux écrire pour Sayaspora? Nous sommes constamment à la recherche de nouveaux talents!

Articles similaires