
Par Isabelle Moulot
Sortie en mars 2026 sur ICI TOU.TV, Grimelle est une comédie dramatique captivante mettant en avant un trio de femmes noires inspirantes. Réalisée par Marilyn Cooke et scénarisée par Simone Beatrice Gravel, cette œuvre permet de visualiser concrètement les enjeux et dynamiques de la diaspora contemporaine.
A travers huit épisodes, nous plongeons dans le quotidien mouvementé d’Alizée (Arielle Mailloux), une jeune journaliste en quête d’identité. Son parcours porté par des défis professionnels et personnels s’accompagne de ses deux meilleures amies, Jenny (Kipola Wakilongo ) et Esther (Cindy Charles ) avec lesquelles elle cohabite.
Faire face au racisme en milieu professionnel
La série réussit à exposer de manière implicite la réalité d’Alizée, seule personne de couleur noire dans un environnement professionnel blanc. Au sein d’une direction opportuniste, elle met en lumière les micro-agressions subies par la personnage. L’une de ses collègues affirme notamment être mieux placée pour travailler sur un projet jugé « trop européen », laissant entendre qu’Alizée ne posséderait pas les compétences intellectuelles requises.

Arielle Mailloux dans le rôle d’Alizée. ICI TOU.TV
Qu’elles surviennent dans son milieu professionnel ou familial, ces situations mettent en lumière les mécanismes de survie qu’Alizée développe pour faire face aux micro-agressions racistes. On le constate notamment lorsqu’un collègue compare ses cheveux naturels à une « pieuvre » avant de s’apprêter à les toucher. Face à ce type de remarque déplacée, elle masque son inconfort par des rires gênés plutôt que d’exprimer son malaise. De plus, les apparitions imaginaires de sa grand-mère semblent l’encourager à prendre davantage confiance en elle et à s’affirmer. On le voit notamment dans une scène où Alizée exprime enfin sa frustration de ne pas avoir davantage appris sa culture haïtienne.
Une diversité culturelle qui s’exprime à travers le langage
Enfin, le langage employé par ces personnages reflète avec fluidité une partie de leur identité, façonnée par différentes influences culturelles. Les conversations entre Alizée, Esther et Jenny reposent sur un langage familier mêlant franglais et expressions créoles, un choix qui rappelle leurs origines haïtiennes et renforce l’authenticité de leurs échanges. Cette alternance reflète non seulement une particularité du parler montréalais, marquée par le mélange du français et de l’anglais, mais également une expérience propre aux personnes issues de la diaspora. Cette richesse linguistique s’exprime à travers des expressions franglaises et familières ancrées dans le quotidien montréalais, comme « vagg sur toi », « pour vrai », « on est good » ou « pull out ». De plus, les questions d’identité et le colorisme sont abordés à travers des termes comme « white passing » ou encore le titre même de la série, « Grimelle ». Enfin, le créole s’invite également dans les dialogues à travers des répliques comme « ou pa menm pwòp ».
L’un des points forts de Grimelle réside dans sa manière de représenter ses personnages féminins noirs.
Elles ne sont pas représentées uniquement à travers les souffrances et les défis associées à ces femmes, souvent cantonnées à des récits de douleur et de résilience. Alizée, Jenny et Esther sont avant tout des personnages attachants, avec leurs aspirations, leurs relations et leurs contradictions. Elles se montrent humaines à travers les maladresses du quotidien, qu’il s’agisse du stress d’Esther à l’approche de son audition, des doutes professionnels d’Alizée ou encore de la vie amoureuse de Jenny.
Quant aux difficultés propres aux femmes noires, la série les aborde sous un angle différent. Plutôt que d’en faire des sujets purement dramatiques, la série intègre ces enjeux à la banalité du quotidien. Les conversations qu’elles ont autour des relations amoureuses, la perception de leurs cheveux et le colorisme s’intègrent naturellement au récit, sans filtre et avec humour, et invitent à une réflexion plus profonde sur les expériences vécues par les femmes noires.
L’amitié comme safe place

Grimelle – Crédits : Radio Canada
Malgré les difficultés que chacune rencontre et le fait qu’elles éprouvent parfois du mal à exprimer ce qu’elles traversent réellement, leur groupe d’amies demeure un espace de soutien mutuel. Elles s’encouragent, s’entraident et célèbrent les réussites de chacune.
Cette web-série met également en avant la richesse des relations amicales et le pouvoir qu’elle peut offrir. Le trio montre l’importance d’être entourées de personnes qui nous comprennent, qui nous laissent l’espace nécessaire pour nous exprimer et être écoutées sans jugement. En dépit de leurs caractères distincts (la rigueur d’Esther, la spontanéité solaire de Jenny et la réserve d’Alizée qui s’affirme avec le temps), leur amitié leur offre un véritable havre de paix où elles peuvent simplement exister.
En conclusion, cette série montréalaise se distingue par le regard authentique qu’elle porte sur les femmes noires. Elle les représente au-delà des perceptions et des attentes de la société, qui tend trop souvent à les enfermer dans des rôles réducteurs. Comme ceux de la victime en détresse ou de la femme forte et colérique. Grimelle offre ainsi une vision renouvelée de la réalité des femmes noires. Au-delà des obstacles qu’elles rencontrent, la série les montre simplement comme des femmes ordinaires, naviguant entre le travail, l’amour et l’amitié.
Elle porte également un message d’affirmation de soi. À travers cette quête d’identité, elle permet aux femmes noires de se reconnaître dans des personnages imparfaits et profondément humains.
Crédits images:
ICI TOU.TV





