SHE | UNE EFFERVESCENCE CULTURELLE | ESPÉRANCE NAHIMA

“Je suis une arbre aux dix mille racines. Le monde m’appartient.”

 

Je suis née et ai grandi en Belgique. Mon père est un expat du Burundi et ma maman, de la république démocratique du Congo. Ils sont venus chacun pour se former dans de « bonnes » écoles. À la maison, on parlait français. Eux, parlaient kiswahili et puis, ils pouvaient parfois parler kirundi et lingala. À la maison, je n’ai appris que le français malheureusement.
On est ce qu’on appelle en Belgique une famille « nombreuse » parce qu’il y a plus de 2 enfants pour notre ménage. Avec mes frères et sœurs, on parle français. On mangeait des plats et chantait des chansons de nos deux mondes sans toujours comprendre toutes les paroles. Le plus drôle, c’est qu’on suivait plus la politique africaine que belge et je dois dire qu’encore maintenant j’ai du mal avec la politique belge.

Dans cette effervescence culturelle, j’ai été très heureuse dans ma plus petite enfance et plus tard, j’étais plus attentive à ce que les gens pouvaient dire. Du coup, j’ai commencé à me demander pourquoi certaines personnes me disaient « Bounty » ou des réflexions du genre « Toi, ça va, tu n’es pas vraiment noire. Il faut dire ce qui est, les noirs, ils … », « T’es jolie pour une noire », « Ça ne te dérangerait pas de sortir avec elle malgré qu’elle soit noire ? », plus récemment, on m’a dit que « Je pensais que tu étais adoptée ». J’étais aussi très rapide en course « parce que les noirs sont rapides » c’est bien connu. J’ai même entendu des gens me dire que j’étais une vendue parce que je me comportais comme une belge. Je n’ai pas compris. J’en déduisais qu’il aurait fallu que je parle français avec un accent prononcé « de noir » ou simplement « parler africain » et faire plus de bruits.

J’ai le front d’une rwandaise, les yeux d’une chinoise et la couleur de peau des gens des îles… Je peux comprendre la confusion que cela créait chez les gens. Le pire, c’est que j’ai même fini par intégrer cette logique douteuse. Je devenais presque discriminatoire envers tout le monde : les blancs trop blanc, les noirs qui correspondaient aux clichés négatifs et les métisses parfaitement assimilés aux occidentaux. À ce moment-là je me disais : « c’est vrai que ma couleur de peau est passe-partout, c’est vrai que si je pouvais ressembler davantage à la belge que je suis, peut-être que je me sentirais mieux ». Alors, j’ai défrisé mes cheveux autant que je pouvais, je les ai lissés jusqu’à ce qu’ils crament. Il ressemblait à de la paille : c’était rêche et cassant. En fait, j’aspirais à devenir l’une de ces jeunes femmes que je voyais à la TV, dans les magazines et comme mes copines. Comment pourrais-je me blâmer ?
Je détestais quand les gens m’abordaient pour me demander d’où je venais, je détestais lorsqu’on disait que j’étais métisse, je détestais dire que j’étais belge et je détestais n’avoir rien de simple à répondre, je n’avais la paix nulle part.
Aujourd’hui, je commence à comprendre ce que l’on appelle le racisme. Je comprends que même les gens les mieux intentionnés, ignorent tout de la tolérance et parfois même du racisme. Il ne suffit pas de dire qu’on « a un ami qui est noir » pour justifier que l’on est ou non raciste. Lorsque l’on dit « qu’on a aucun problème avec les noirs mais qu’ils sont mal élevés, bruyants, dociles, inférieurs », oui, c’est du racisme.

Si j’ai d’abord voulu rejeter partie après partie de mon identité, j’ai compris que la vérité c’est que je suis tout cela en même temps. Je suis une femme métissée. J’ai de nombreux aïeuls, différentes cultures à chérir et à rencontrer.  Je crée mon propre chemin identitaire. Cependant, je pense qu’il existe aujourd’hui trop peu de modèles correspondants à la diversité culturelle dans laquelle je vis. Je me rends compte que la jeunesse se heurte trop souvent à des murs silencieux face à des questions identitaires alors qu’elle a besoin de plus d’espaces d’expression. J’ai envie de porter un nouveau regard sur l’avenir, j’ai envie de me réconcilier avec les vieilles blessures. Je suis le bourreau et la victime des heures les plus sombres de l’humanité mais je suis surtout l’espoir des jours nouveaux.

Je suis un arbre. Je creuse pour connaître mes racines les plus profondes. Je cultive des graines et les laissent germer en moi. Il n’y a que le temps qui m’effraie, j’ai peur de ne plus en avoir assez pour me rencontrer et me retrouver. Ne comprends-tu pas ? Nous sommes tous issus de la même terre ; le monde t’appartient.

Crédit photo : Kenyan model Yaya Deng | photography by Cybele Malinowski

 

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