Icône d'une main avec un soleil

Art + culture

Par Yedidya Ebosiri

Maryse Condé s’éteint, léguant au monde le vivant de sa plume. Autrice de Moi Tituba, sorcière… et de Ségou, elle empreint le monde littéraire francophone de son franc-parler, à la mémoire de ceux qui ont lutté pour leur liberté. Narratrice de cœur, ses histoires mais aussi son histoire navigue avec puissance sur le socle de l’identité noire. Si Maryse Condé n’est plus après 90 ans de vie, son impact, lui, est inébranlable.

Indépendantiste guadeloupéenne, romancière émérite, professeure de littérature : les chapeaux de Maryse Condé sont nombreux. Née en 1934, elle atteint l’hexagone à partir de la Guadeloupe pour faire ses études à la Sorbonne. Entre rencontres et critiques sur la négritude d’Aimé Césaire, elle voyage à travers le globe, portée par une quête de l’humanisme. Elle longe notamment l’ouest de l’Afrique, accueillie en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Guinée puis au Sénégal.

Écrire, c’est tenter de savoir pourquoi et jusqu’où on peut vivre.

Entre réalité et fiction

Lorsqu’elle quitte le continent en 1970, Maryse Condé se consacre à sa passion, l’écriture, publiant six ans plus tard sa thèse portant sur les clichés racistes dans la littérature antillaise. C’est alors qu’elle enchaîne les succès littéraires, son premier roman Hérémakhonon la catapultant à sa consécration d’écrivaine. Avec Moi Tituba, sorcière, Maryse Condé plonge les lecteurs dans la noirceur de l’esclavage aux Etats-Unis tandis que son best-seller, Ségou, relate la lente chute de l’empire bambara. Pendant près d’un demi-siècle, l’autrice publie une trentaine d’œuvres à succès qui lui vaudront de nombreuses reconnaissances, prix et acclamations.

Alors qu’elle milite pour l’indépendance de la Guadeloupe, Maryse Condé est simultanément recrutée par plusieurs universités américaines, ce qui marque l’arc académique de sa carrière. Entre autres, elle fonde le Centre des études françaises et francophones à l’Université Columbia, contribuant à la percée de la littérature francophone sur le sol américain. Les Etats-Unis lui reconnaissent son érudition et sa sensibilité, pays à qui elle dit adieu en 2013.

Sur la voie de la retraite, Maryse Condé s’exile dans le sud-est de la France pour prendre soin de sa santé. Sept ans après, elle est décorée grand-croix de l’ordre national du Mérite par le président Macron. Son dernier roman, L’évangile du nouveau monde, parait en 2021, à son 87e anniversaire.

 

 

Amour, hommage et immortalité

Aujourd’hui, la défunte Maryse Condé laisse endeuiller son époux, Richard Philcox, leurs trois enfants ainsi que son fils né d’une amour de jeunesse. Ses périples amoureux ont d’ailleurs caractérisé sa prose, d’où la récurrence des thèmes de l’abandon et de la maternité dans ses œuvres. Pour l’écrivaine, son divorce avec son premier époux, le comédien guinéen Mamadou Condé, est un échec, voire un « malentendu ». Tout de même, elle s’inspire de ce vécu pour parler de féminité, d’amour et d’esclavage avec toute la force du monde. Dans ses textes s’imprègnent des références à la littérature haïtienne, laquelle est source d’émotions bouleversantes.

À la mémoire de Maryse Condé à la plume immortelle, femme noire, femme de la diaspora, le monde continue d’avancer.

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  • Yedidya Ebosiri

    Rédactrice en Chef

    Éternelle étudiante, Yedidya entame actuellement un diplôme de deuxième cycle universitaire en santé publique après avoir complété un baccalauréat en kinésiologie.

    Le socle de ses intérêts professionnels repose sur la lutte contre les inégalités sociales de santé; elle rêve d’un monde plus sain, plus juste, plus vert. En attendant, elle puise dans ses racines congolaises pour militer en faveur d’une Afrique libre et féministe.

    Tutrice pour une clientèle analphabète et intervenante de longue date en santé mentale, sa curiosité intellectuelle et son entregent caractérisent son parcours professionnel naissant. Autrefois éditrice pour un journal universitaire, elle ne cesse de nourrir sa passion pour le journalisme et se réjouit de mettre ses compétences rédactionnelles au service de sa communauté. Pour elle, Sayaspora incarne l’excellence noire et l’innovation sociale, d’où sa fière contribution au rayonnement du magazine.

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