On dit frapper un mur

On dit frapper un mur.

Frapper un mur c’est se confronter à une réalité à laquelle on ne s’attendait pas, parce qu’on croit avoir les codes pour celle-ci. Puis on se rend compte que non.

Je me suis toujours un peu battue pour faire reconnaître l’autre moi. 

Pour les uns puis pour les autres. 

Que tous et toutes puissent me voir en entièreté, mais longtemps j’étais dualisme. 

Pas nécessairement entre le corps et l’esprit.

Entre mes origines plutôt. 

Tantôt vu comme ci, ensuite vu comme ça.

 À me défendre ici, puis à me défendre par là.

 Dans la dernière année je me réclamais. 

Je suis. 

Je suis ni moitiée, ni moitiée. 

Je suis complexe, mosaïque, tapisserie de fils colorés qui façonnent mes réalités. 

Puis je pars en Afrique de l’Ouest. 

Je me dis « vazy!» tu pourras être reconnue pour toi entièrement, femme à l’aventure. Femme complète et complexe en Afrique. 

Mon rêve ! Et là j’ai frappé un mur. 

Je suis devenue une « toubab ».

Ça c’est quelque chose. 

Tu n’es plus ni l’une ni l’autre, mais ton identité sociale est basée sur le principe même d’être étrangère, peu importe vraiment ton origine ethnique. 

Tu te définis comme tu veux, reste que tu deviens la représentation de l’étrangère sur ce territoire. 

Être choquée. Vous ne pouvez quand même pas m’associer à une toubab ! 

J’ai un passe-droit je suis moitié africaine !

Puis tu te rends compte que c’est ça aussi, l’identité. C’est essayer à se définir soi, puis comprendre que la négociation existera toujours.

 On est à travers soi, mais aussi à travers l’oeil de l’«Autre». Qu’importe qui l’«Autre» sera. Avec le temps, je suis devenue la toubab marocaine. 

Ça m’allait parce que vraiment, c’est un peu ce que j’étais. On dit qu’il y a une scission entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. 

L’Afrique parle pourtant mille langues, dont celle du coeur. L’Afrique est plurielle, comme nous.

 L’identité bouge, change, s’adapte, se contextualise. Mes identités s’entrechoquent, se fracassent, se marient. Mes identités évoluent, se redéfinissent. 

Je suis Africaine et je perce les murs.

 

Écrivaine – Saphia Arhzaf

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